Emeutes étudiantes en CHINE
Plus de 6 000 étudiants de l'université de Zhengzhou, capitale de la
province centrale du Henan, ont violemment manifesté dans leur
campus, dans la nuit du jeudi 15 au vendredi 16 juin, saccageant
bâtiments administratifs, dortoirs, cantine et bibliothèque avant
d'aller déverser leur rage dans les rues avoisinantes, où ils ont
attaqué une banque, des magasins et des supermarchés. S'il est
encore difficile de mesurer le caractère politique de la
manifestation, elle est en tout cas l'une des plus violentes depuis
les événements de la place Tiananmen, déclenchés en 1989 par des
protestations estudiantines.
La raison initiale de la colère de ces étudiants d'un institut semi-
privé enseignant l'économie et le management au sein de
l'université publique de Zhengzhou est liée à une obscure histoire
de diplômes, explique le quotidien hongkongais Ming Piao : à la
veille des examens de fin d'année, il a été en effet annoncé aux
étudiants que leurs diplômes ne porteraient pas le nom de
l'université, mais celui de cet institut, à la réputation moins
prestigieuse. "Les autorités de l'université nous ont trompés", a
expliqué un étudiant surnommé "Liu" à l'AFP.
Des milliers de policiers, immédiatement envoyés en renfort, ont
bouclé les accès du campus. L'émeute a pris fin tard dans la nuit
et, depuis lundi, la situation est calme, en dépit de quelques
incidents. Alors que la presse officielle reste muette sur un sujet
hautement sensible dans un pays où la mémoire de Tiananmen reste
taboue, certains étudiants ont utilisé des sites internet pour
raconter ces événements et montrer des photos de la mise à sac de
cet institut. On y voit des bâtiments aux vitres brisés, la
devanture fracassée de la Banque commerciale et industrielle de
Chine, des téléphones publics endommagés, des voitures aux pare-
brise explosés. Le récit d'un étudiant décrit le début de
l'émeute durant laquelle, "au son des gongs et des tambours, la foule
hurle des slogans contre les responsables universitaires, projetant
dans la cour du campus des bouteilles de vin, des extincteurs, des
postes de télévision..." Aucun blessé n'a été signalé.
Un autre commentaire en ligne d'un étudiant n'hésite pas à parler
d'une "émeute sans précédent, aux dimensions épiques", l'auteur de
ces lignes se félicitant d'avoir "osé participer" à un mouvement
contre les "méthodes dictatoriales" des responsables du campus. Les
15 000 étudiants dont les diplômes ne seront pas à la hauteur de
leurs attentes seraient en grève depuis le début de la semaine et
refusent de passer les examens.
Même si cette émeute ne suppose pas d'arrière-pensées plus
politiques contre le système de la République populaire de Chine, le
fait que la compétition s'aiguise à la sortie des universités peut
en partie expliquer ce soudain déchaînement de colère : en mai, la
commission de la réforme et du développement a reconnu que 60 % des
nouveaux diplômés ne pourraient pas trouver de travail dans
l'année. En 2006, le marché de l'emploi ne pourra pas absorber les
plus de 4 millions nouveaux diplômés, en augmentation de 22 % par
rapport à 2005...
http://www.chine-informations.com/mods/news/milliers-detudiants-
chinois-manifestent-violemment-dans-province-henan_4784.html
Une autre source : http://www.guardian.co.uk/worldlatest/story/
0,,-5897105,00.html
Des images : http://www.zonaeuropa.com/20060619_2.htm
Le rêve brisé de la classe moyenne chinoise : des millions de
diplômés acculés au chômage
Cet été, des millions de jeunes diplômés de l’enseignement
supérieur chinois connaîtront une énorme déception. Après avoir
dépensé une fortune, en règle générale, l’argent de leurs
parents, en frais scolaires, et passé des années à travailler dur,
la plupart d’entre eux ne trouveront même pas de travail.
Un bon nombre de services gouvernementaux ont reconnu le mois dernier
cet état de fait. Un compte-rendu de la Commission d’État au
développement et à la réforme, anciennement la planification
centrale, a averti que la Chine aura à faire face cette année à de
sérieux défis parce qu’il n’y aura pas de travail pour 60 pour
cent des 4,13 millions de nouveaux diplômés. Seuls 1,6 millions
d’emplois leur seront disponibles, soit 22 pour cent de moins que
l’année précédente. De plus, un grand nombre des diplômés de
2005 n’ont toujours pas trouvé de travail.
Zhang Xiaojian, ministre-adjoint du Travail et de la Protection
sociale a déclaré le 7 mai à l’agence de presse officielle
Xinhua : « Il est difficile de créer de nouveaux emplois en grand
nombre en raison des capacités de production excédentaires, des
frictions commerciales accrues et de la réévaluation du yuan. En
conséquence, il sera moins facile de s’attaquer à la pression de
l’emploi. »
Pour des millions d’étudiants, la probabilité d’être chômeur
ou d’être obligé d’accepter des emplois à bas salaires ne fera
que s’aggraver dans les années à venir. L’année dernière, 5,04
millions d’étudiants s’étaient inscrits dans des universités ou
des instituts universitaires technologiques, soit 4,7 fois plus
qu’en 1998. Le nombre d’étudiants inscrits dans l’éducation
supérieure a atteint 23 millions, le plus haut total mondial. Faute
d’une amélioration escomptée dans les prochaines années, la
plupart des étudiants iront gonfler les rangs d’une classe
ouvrière chinoise extrêmement exploitée.
Ceux qui trouvent du travail sont confrontés à des salaires bas.
Une étude gouvernementale rapporte qu’en 2005, le salaire mensuel
moyen des diplômés universitaires n’atteignait que 1.551 yuan (194
dollars) contre 1.58 yuan (198 dollars) en 2003. Entre-temps, le coût
de la vie a augmenté plus rapidement de sorte que les salaires réels
ont chuté ou stagné.
Un article du China Daily du 9 mai, attire l’attention sur le sort
terrible des nouveaux diplômés : ils passent quasiment toute la
journée à chercher un emploi et il leur reste peu de temps pour
dormir, alors que leurs parents se saignent aux quatre veines. «
Comme étudiants en lesquels les parents placent de grands espoirs,
aucun d’entre eux n’est très à l’aise, de mettre fin à des
années d’étude et de vie admirables à l’université pour se
retrouver chômeur une fois de retour », pouvait-on y lire.
Zhan Yue, diplômé de la Faculté d’économie et de finances en
juillet dernier, dit avoir envoyé des centaines de demandes
d’emploi et d’avoir participé à de nombreuses foires au travail
à Pékin, Shanghai et dans d’autres villes, mais n’avoir reçu
que peu de réponses.
« En raison de la couverture médiatique, je m’attendais à des
difficultés dans la recherche d’un emploi, mais je n’avais jamais
imaginé que cela pourrait être aussi difficile. Seules quelques
unités de recrutement m’ont accordé des entretiens d’embauche,
» dit Zhang. Une entreprise privée à Pékin lui a offert un salaire
mensuel inférieur à 1.500 yuan (185 dollars) et Zhang a été
extrêmement déçu.
La situation de Zhang est typique de celle de millions d’étudiants.
Il vient d’une famille rurale de la province d’Anhui, dont les
revenus s’élèvent à peine quelques milliers de yuan par an.
Lorsqu’il a été admis à l’université en 2002, sa famille avait
dû emprunter l’argent pour payer les 10.000 yuan (1.250 dollars) de
frais de scolarité à l’université et autres dépenses.
« Avec un salaire aussi bas dans la capitale, j’estime n’être
même pas en mesure de régler mon minimum quotidien, sans parler de
rendre à mes parents ce qu’ils ont fait pour moi et de pouvoir
rembourser mes énormes prêts bancaires, » a déclaré Zhang au
China Daily.
« Le savoir à vendre » L’introduction de systèmes
d’utilisateurs payeurs dans le domaine de l’enseignement public
parallèlement à ceux du logement et de la santé, a écarté de
l’enseignement supérieur des millions d’enfants issus de familles
ouvrières et paysannes. Même ceux qui arrivent à entrer en faculté
et à obtenir des diplômes se voient être les perdants dans cette
compétition sauvage et féroce où tous les coups sont permis. La
Chine fonctionne essentiellement comme une vaste armée de réserve de
main-d’oeuvre bon marché au service du capital mondial, censée
aider à faire baisser les salaires dans tous les domaines à travers
le monde.
Un article paru le 14 mai dans le Financial Times était consacré au
vaste réservoir potentiel de main-d’oeuvre bon marché et instruite
existant en Chine et en Inde. « Les étudiants occidentaux qui sont
suffisamment intelligents pour réussir dans les sciences et
l’ingénierie, sont suffisamment intelligents pour savoir qu’ils
auront à se mesurer à des armées mondiales grandissantes
d’adversaires instruits et formés à travailler dur pour moins
d’argent. Les alarmistes peuvent bien dénigrer cette compétition
et la traiter d’‘ateliers de misère du savoir’.. Les
pragmatistes, eux, voient cette compétition comme un marché acheteur
de cerveaux ».
L’article poursuit : « Les réseaux haute performance augmentent
davantage la capacité des entreprises à externaliser plus facilement
leurs processus scientifiques et d’ingénierie. Les entreprises
innovatrices feront aussi impitoyablement la chasse aux ‘cerveaux
bon marché’ qu’aujourd’hui les transnationales soucieuses des
coûts recherchent des capacités de production manufacturières et de
centres d’appel moins chers. Essayez donc de faire valoir un
avantage de post-doctorant sur cette place de marché.. Savoir n’est
pas pouvoir ; le savoir est à vendre » (souligné dans l’original).
Durant des décennies, après la révolution chinoise de 1949, le
fameux slogan de Sir Francis Bacon, philosophe matérialiste
britannique de l’époque de la Renaissance, « savoir, c’est
pouvoir », était inscrit dans les écoles chinoises, dans les campus
et les manuels scolaires. Il encourageait les étudiants à croire
qu’apprendre ne servait pas juste à trouver un emploi, mais était
lié aux idées progressistes du siècle des Lumières, à surmonter
la superstition et la religion par la raison et la science.
Le régime stalinien, cependant, qui ne s’est jamais fondé sur le
socialisme authentique, gère à présent l’économie capitaliste à
la plus forte croissance du monde. « Le savoir à vendre » décrit
plutôt bien la politique éducative du gouvernement. Pékin, comme de
nombreux gouvernements capitalistes de par le monde, a transformé les
institutions d’enseignement en usines à diplômes. Les universités
chinoises, jadis respectées, sont devenues tristement célèbres pour
corruption en matière de bourses d’étude et imposture dans la
recherche. Cette atmosphère supprime la pensée critique et
indépendante chez les étudiants tout en encourageant des illusions
sur les « opportunités » et le « succès individuel » dans
l’économie de marché.
La réalité, toutefois, est que seul le haut du panier de l’élite
des diplômés réussit à obtenir des postes bien payés dans des
entreprises et des professions libérales. Quelques-uns des plus
chanceux rejoignent la bureaucratie privilégiée de l’État, dans
la mesure où ils disposent de relations personnelles ou familiales
avec le régime. La plupart doivent patienter dans des queues
interminables avant d’accéder à des entretiens d’embauche avec
des employeurs. Leur statut social n’est guère différent de celui
de dizaines de millions d’ouvriers d’usine, de domestiques et de
migrants ruraux qui s’échinent pour gagner misérablement leur vie.
Le 10 mai, le premier ministre Wen Jabao a organisé une réunion du
conseil d’État pour débattre de la question. Les dirigeants
chinois ont décidé d’abaisser les niveaux d’inscription, à la
fois dans le but de réduire le nombre d’étudiants sans emploi et
en raison de la baisse du financement des enseignants et autres
ressources destinées à l’enseignement supérieur public.
Le régime est parfaitement conscient qu’il est assis sur une bombe
sociale à retardement. En 1989, les étudiants avaient initié à
Pékin des protestations de masse contre le gouvernement qui
s’étaient étendues rapidement aux communautés ouvrières dans
l’ensemble du pays. Compte tenu de l’inégalité sociale qui
s’est aujourd’hui aggravée et est plus flagrante qu’en 1989,
les autorités craignent que la frustration des jeunes ne nourrisse un
mécontentement plus large
Durant les années 1990, alors que l’agitation rurale croissante
ébranlait le soutien traditionnel au régime parmi des sections de la
paysannerie, Pékin s’efforçait de cultiver une base de soutien
parmi la classe moyenne urbaine montante. Mais le marché pousse, à
présent de plus en plus, des éléments prétendument de la « classe
moyenne », particulièrement les jeunes gens instruits, vers le bas
de la société.
Des couches d’intellectuels mécontents sont déjà devenues des
dissidents politiques, formulant des critiques envers le
gouvernement. Les dirigeants à Pékin craignent que des courants aux
idées politiques « dangereuses » n’apparaissent qui pourraient
déclencher un mouvement d’ouvriers, de paysans et de jeunes luttant
pour les droits démocratiques, l’égalité sociale et un socialisme
authentique.
Auteur : John Chan
http://endehors.org/news/10963.shtml
Source : WSWS www.wsws.org
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