MOUVEMENTS ETUDIANTS EN GRECE

Publié le par SUD étudiant



Le point sur les caractéristiques du système universitaire grec 
(avant la réforme en cours)
1) Il est considéré (au moins il était considéré à mon époque) 
comme très prestigieux pour un candidat de réussir aux concours 
nationaux d’admission dans’ une Insitution Suprême Hellénique 
(AEI, abbr. en grec).
2) Sont considérés comme Institutions Suprêmes toutes les 
Universités, les Ecoles Polytechniques, les Ecoles de Médecine et de 
Pharmacologie, et certaines Ecoles Militaires de Formation 
Universitaire. En général, toutes les formations de très haut niveau.
3) Il y a aussi les Institutions Supérieures (TEI, abbr. en grec), 
qui offrent plutôt une formation technique et professionnelle. Au 
lieu de les considérer comme cela, on les considère comme ‘le lieu 
ou’ notre ‘poussin’ va tomber s'il ne réussit pas  aux 
concours, et s'il ne rentre pas dans une Institution Suprême.
4) Pour rentrer a dans le programme d’une Institution Suprême ou 
Supérieure il faut obligatoirement passer par les concours nationaux 
et évidemment y réussir.
5) Le Système de l’Education Nationale Hellénique est gratuit pour 
tous les niveaux d’éducation (jusqu’au 3ieme cycle, donc les AEI 
et TEI). Ce fait allié avec la valeur ‘ajoutée’(prestige) que la 
réussite a’ l’université offre aux étudiants, a rendu depuis 
des décennies les AEI très populaires aupres de’ la vaste 
majorité des Hellènes (et les Hellènes de l’étranger même).
6) Tous les AEI et TEI sont Publics. La Constitution Hellénique 
interdit la création des AEI et TEI privées. Cependant l’Union 
Européenne oblige actuellement tous ses membres à  permettre la 
création d'Institutions Privées. Cela veut dire que bientôt ce 
paragraphe de la Constitution Nationale doit changer afin de 
respecter les accords européens. Ceci doit se faire lors de la 
prochaine Assemblée Constitutionnelle, après les élections. Pour le 
moment, il y a des départements d'Universités Etrangères 
installées dans le pays, mais elles ne sont pas reconnues par 
l’Etat Hellénique. Néanmoins, beaucoup d’étudiants y vont 
chaque année.
7) : Education gratuite dans les AEI et TEI veut dire :
- Inscription sans frais chaque année ;
- Sécurité Sociale étudiante gratuite ;
- Repas gratuis  aux RestoU (d’habitude de très mauvaise qualité) ;
- Temps minimum de formation de 4 ans, temps maximum : illimité. 
Dans’ certains modules, livres offerts gratuitement ; Dans 
d’autres modules, polycopiés payants.
Il y a très peu de résidences universitaires et seulement pour les 
étudiants demunis de ressources économiques suffisantes. Les 
ressources habituelles d’un étudiant sont ses parents. Pour 
plusieurs programmes ou’ il y a des TP, les étudiants sont obliges 
d’acheter les produits nécessaires de leur poche. Le programme ne 
les offre pas les nécessaires, même si le TP est obligatoire.
8) Si un candidat ne réussit pas au concours, et vu que le 'rêve" du 
parent Hellène est de voir son enfant devenir un ‘prodige’ en 
entrant a’ l’université (n’importe laquelle, il suffit d’y 
rentrer), la solution preferee est de ‘s’expatrier’ juste après 
l’école pour faire des études ailleurs. Destination preferee : 
l’Angleterre avec sa pléthore d'universités, pas toutes au même 
niveau, mais il y a toujours une qui offrira un programme aux 
intéressés, avec un coût bien considérable. Mais la liste des pays-
destinations est très grande. Tous les ans il y a a peu près 20000 
étudiants grecs qui vont étudier à l’étranger. Ceci résulte 
aussi a une fuite budgétaire très importante vers l’étranger.

Toutes ces informations sont nécessaires pour avoir une notion 
essentielle du système éducationnel hellénique. Prochain 
‘chapitre’: les problèmes du système qui ont donné lieu aux 
évènements actuels.

Auteur : Panagiota PANAGIOTAKI


Le « non » des étudiants grecs à l’université privatisée (23 
juin 2006, L'Humanité)
Ils étaient encore très nombreux, sans doute plus de 10 000, à 
manifester hier à Athènes contre le projet de réforme des 
universités proposé par le gouvernement. Parmi eux, des étudiants, 
bien sûr, mais aussi des salariés de l’enseignement et d’autres 
secteurs de la fonction publique. Avec 407 unités de formation et de 
recherche (UFR) bloqués sur les 456 du pays, le mouvement lancé fin 
mai ne faiblit donc pas, malgré l’approche de l’été et des 
violences policières récurrentes qui ont fait plusieurs dizaines de 
blessés le 8 juin dernier. Mieux, une nouvelle manifestation géante 
et une grève massive sont annoncées pour mardi, jour de la réunion 
à Athènes des ministres de l’Éducation de l’OCDE. Lire la 
suite : http://www.humanite.fr/journal/2006-06-23/2006-06-23-832195


"Vous écrivez les lois, on écrit l'histoire"
C’est du jamais vu ! Depuis 2001 et le  mouvement contre la reforme 
LMD c’est le plus  grand soulèvement des étudiant(e)s. Au 25 
juin,  241 facultés (A.E.I.) sur 258 et 186 écoles  techniques 
(T.E.I.) sur 198 sont occupées par les  étudiant(e)s!  La plupart 
des étudiant(e)s ont déjà raté leurs  session d’examens mais 
personne n’a envie de  baisser les bras tant que le gouvernement  
(droite) ne retire pas son projet de loi qui  concerne l’éducation 
supérieure. Il y a déjà 6-7  semaines que le mouvement estudiantin 
grecque  est entré dans un bras de fer avec le ministère  
d’éducation et de religions.  Quels sont les points les plus 
importants de ce  projet de loi :
● Il  fixe un nombre maximal  d'années  d'étude à x+x/2 années, 
x étant le nombre  « normal » d'années d’études pour le  
diplôme concerné.  Par exemple,  une  étudiante n'ayant pas 
terminé sa maîtrise  en 6 ans (4 années normale + 4/2=2  années de 
plus = 6 années), elle sera  simplement rejetée par la faculté... 
alors  pas de possibilité de redoubler plusieurs  fois et encore plus 
difficile d’obtenir le  diplôme, surtout pour ceux et celles qui  
sont obligé(e)s de travailler pendant leurs  études...  Le victime 
devient  alors  coupable et  le gouvernement  fait  apparaître les 
étudiant(e)s « éternel(le)s»  comme le problème le plus grave de  
l’éducation supérieure tandis que sont  négligés  les  
véritables  problèmes  (manque  de  financement,  manque  
d’infrastructures-  seulement  3,5% du  financement public de 
l’état grec est  attribué à l’éducation).
● Il facilite la suppression de « l'asile  universitaire ». Depuis 
la chute de la  dictature en 1974, la police n’a pas le  droit 
d’envahir les universités (sauf en  cas de crime « grave »). En 
combinaison  avec les propositions du ministère pour la  présence 
des vigiles dans les facultés, on  peut  imaginer  que des  types  
de  protestation comme l’occupation ou  même l’organisation de 
manifestations  politiques (ex.  forum libertaire)  ou  culturelles « 
dérangeantes » dans  des  universités sera pratiquement 
impossible.  L'évacuation de la Sorbonne et d’autres  facultés par 
les CRS ne semble pas très  loin...
● Il abolit le droit à un ouvrage gratuit, le  droit de base de 
l’éducation gratuite.  L'actuel  système de la distribution  
gratuite d'un ouvrage au moins par cours  est  jugé  comme  « 
gaspilleur,  anachronique et restrictif de la procédure  
d'apprentissage »...
● Il  institutionnalise l'embauche des «  managers » pour les 
universités pour  réussir  le contrôle économique et  
administratif  des  universités.  Avec  l'embauche des « managers » 
le ministère  recherche la plus grande jonction entre  les 
universités et les lois libre marché.  Désormais les structures du 
marché  contrôleront l'université avec pour but la  formation des 
diplômé(e)s « idéaux(ales)  »  prêt(e)s pour les arènes du 
libre  marché.

Avec tous les changements ci-dessus et en  combinaison avec la 
révision de l'article 16 de la  constitution, facilitant la création 
d'universités  privées (l’état  grecque ne reconnaît  pas  
actuellement  les  diplômes  venant  des  institutions  privées)  
une  université d'une  nouvelle forme est institutionnalisée.

● Une université qui fonctionnera avec les  priorités du profit, 
qui avec la présence  des « managers » et des frais de scolarité  
« mendiera » aux entreprises privées, soit  pour louer ses espaces, 
soit avec pour  leur vendre « de la connaissance ». Une  université 
qui produira des « bon(ne)s »  travailleur(se)s,  c'est  à  dire,  
une  université qui leur aura appris ce que  signifie baisser la 
tête et courir du matin  au soir.
● Une université qui ne connaîtra rien de  politique, de combats 
collectifs, d’esprit  critique.
● De plus, une université qui aura oublié sa  relation constante  
avec les intérêts collectifs, avec les luttes, avec l'esprit de 
solidarité.

        Contre ce projet de loi, contre cet esprit qui  transforme 
l’université en entreprise et les  étudiant(e)s en travailleur(se)
s (bon marche en  plus),  le mouvement  estudiantin réagit  et  
s’organise : des AG gigantesques, des manifs  pacifiques ou 
violentes qui  regroupent des  dizaines de milliers de personnes, des 
tracts, des  affiches,... et le plus important peut être, les  
endroits occupés restent vivants,  avec des  discussions, des 
manifestations culturelles ou  politiques (par exemple, le 9ième 
festival anti- raciste de Salonique a commencé le 22 juin dans  la 
faculté)... Le slogan "ça se passera comme en  France" c'est 
l'engagement pour un combat  intransigeant du mouvement étudiant 
jusqu'à la  victoire !
        Après presque 2 mois de luttes pour quelques  universités, les 
revendications du mouvement  sont  allées beaucoup plus loin.  Il  
suffit  seulement  de lire les  décisions  et  les  propositions aux 
AG et à la coordination des AG  des facs occupées pour comprendre 
que  l’abrogation de ce projet de loi  n’est pas  suffisante pour 
que le mouvement s’éteigne.
        Bien sur, dans le mouvement, il y a plusieurs  tendances politiques 
et les tensions parmi les  différents groupes politiques ne manquent 
pas.  Le soulèvement a commencé à l’initiative des  quelques 
groupes d'extrême-gauche et après  deux mois il est supporté par 
presque tous les  groupes politiques (il y a beaucoup de méfiance  
contre le PC et le PS grec) de la gauche du PS  jusqu’aux  
anarchistes  et  aux  autonomes  radicaux.
        Et comme en France, il y a quelques mois, ainsi  qu’en Grèce les 
étudiant(e)s essayent de se  réunir,  de  se  retrouver  avec  les  
travailleur(euse)s et réciproquement. La preuve,  pour la dernière 
manifestation de 22 juin  nombreuses étaient les appels et les 
préavis de  grève des différentes fédérations. Encore plus  
nombreuses sont les motions de solidarité et de  soutien qui  
viennent  des associations des  travailleur(euse)s, même de 
l'étranger. Voici la  traduction d'un extrait de la décision de l'AG 
de  l'université de Panteios: « ...pour l'avancée de  cette lutte 
pour notre éducation, notre travail,  nos vies nous appelons tous les 
secteurs en lutte  de l'éducation (élèves,  enseignant(e)s  et  
globalement tous les travailleurs à appeler à la  grève 
générale. ».
        Bien sur, les syndicalistes officiel(le)s et les  bureaucrates  de  
tous  poils  (pères  des  étudiant(e)s ou pères des travailleur(se)
s comme ils les appellent en Grèce) font tout pour  contrôler le 
mouvement. Et si on ne peut pas le  contrôler la solution est connue, 
bien simple est  trop facile : on le laisse tomber...
        A côté de tout ça L'État et ses rouages ne  restent pas 
inactifs...  Depuis le début du  mouvement  le  Ministère  parlait  
de  désinformation des étudiants et  de leur  manipulation par des 
groupements extrémistes.  Toutefois, vu l’ampleur du mouvement, 
Gianakou  (la Ministre de l’enseignement) a changé de ton.  
Premièrement elle a dit que la proposition de loi  ne sera pas 
discutée lors de la séance d’été du  Parlement comme prévu 
mais à la séance  plénière de la rentré, une fois les élections  
communales passées. Deuxièmement elle essaie  de séduire le 
mouvement, en proposant le  dialogue et la négociation sur le contenu 
de la loi  cadre. Dialogue d'un côté, répression de l'autre.  A 
chaque manifestation (surtout à Athènes et à  Salonique) les CRS et 
la BAC (leurs équivalents  grecques)  utilisent  des matraques et  
des  lacrymogènes et dizaines de personnes sont mis  en garde à 
vue.  La répression de la  manifestation nationale à Athènes le 
8/06 était  telle que (miracle!) les médias grecs ont décidé  de 
commencer  à parler du mouvement (comme  par hasard l'accent a été 
mise sur les vitrines de  banques cassées et les poubelles brûlées).
        Il est évident que le Gouvernement sent la  pression et sent qu’il 
a mal géré l’affaire (trop de  reformes  à  caractère  anti-
populaire,  manipulation médiatique, répression violente du  
mouvement etc.). Surtout à quelques mois des  élections il veut 
apaiser la situation, mais il est  probablement trop tard...
        Actuellement  les étudiant(e)s rencontrent  beaucoup  des  
difficultés  (massification,  participation aux occupations, vacances 
etc.).  Malgré celles-ci, le mouvement tient encore le  coup.  Il  
grandit,  acquiert ses expériences,  développe sa conscience...  Et 
comme soulignent les insurgé(e)s :  AUX PROBLÈMES COLLECTIFS IL N'Y 
A  PAS DE SOLUTIONS INDIVIDUELLES !  DES COMBATS SANS VICTOIRES 
EXISTENT  – DES VICTOIRES SANS COMBATS NON !
Auteur : Giorgios KLOURAS


Répression en Grèce (message du 21 juin)
Courriel envoyé par G.Mitralias, militant Grec participant aux AEP, a 
propos des mobilisations des étudiants grecs :
"La police est en train de massacrer la manif des etudiants a 
Athenes. Des dizaines des blesses. Quelques milliers d'etudiants ont 
du se replier a l'interieur de l'Ecole Polytechnique qui est arrose 
par des gaz lacrimo des CRS. Le doyen hurle contre le gouvernement. 
Le mouvement s'etend aux ecoles techniques. Toutes les facultes du 
pays, sauf trois, sont desormais occupees. Aujourd'hui, arret de 
travail de la Confederation du secteur public en solidarite.  Climat 
tres tendu. Le gouvernement vient d'annoncer qu'il va passer en force 
la privatisation des universites en session estivale du parlement! On 
recoit plusieurs messages de solidarite (Italie, Espagne, Autriche, 
Sud-etudiant...)."
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Publié dans Luttes internationales

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