A l'attention des citoyens... Ce qui est vraiment en jeu dans les Universités
Enseignants-chercheurs, étudiants et personnels - Université de Paris-Ouest Nanterre, le 14 avril 2009
Un mouvement qui ne faiblit pas depuis plus de deux mois : Ce qui est vraiment en jeu dans les Universités
Les universités françaises sont en lutte depuis plus de deux mois contre des mesures toutes inscrites dans une entreprise cohérente de dislocation du service public d'éducation :
· Loi d'autonomie des Universités, dite loi LRU, qui prétend imposer à la recherche et à l'enseignement supérieur une logique de rentabilité à très court terme, contradictoire avec les fondements mêmes de la recherche, dans un contexte de concurrence qui ne peut que nuire à la coopération des chercheurs. Elle favorise de plus l'autoritarisme et l'arbitraire local puisque aucun contre-pouvoir n'est prévu.
· Décret sur le statut des enseignants-chercheurs, qui à travers la « modulation de service » imposera à beaucoup d'enseignants de travailler plus sans être payés davantage, tout en créant, entre enseignants, des inégalités et des injustices inacceptables. Le nouveau Contrat doctoral vise de même à précariser et surexploiter les étudiants chercheurs.
· Budgets insuffisants, suppressions de postes, attaques contre les personnels administratifs et de services.
· Réforme de la formation des professeurs d'école, collège et lycée, qui recule d'un an le moment où ils seront rétribués, réduit de moitié le temps de formation professionnelle,et donnerait un diplôme d'enseignant (le « master d'enseignement ») à des jeunes non titulaires, pour permettre le recrutement massif de vacataires sous-payés, sans perspectives, en remplacement des 80000 postes supprimés sur quatre ans.
A cela s'ajoute une campagne de dénigrement : l'université et la recherche françaises seraient médiocres, quand tous les indicateurs montrent qu'elles sont tout à fait honorables, alors que moins bien financées que dans des pays aussi riches que la France ; les universitaires refuseraient toute réforme et toute évaluation, alors qu'ils sont évalués constamment, et qu'ils ont appliqué sans discontinuer les réformes qui se sont succédées pour intégrer, toujours à coût constant, des populations d'étudiants plus nombreuses.
è Dans toutes ces mesures, il y a la volonté d'instaurer la précarisation et la mise en concurrence à tous les niveaux (étudiants, enseignants, administratifs, universités elles-mêmes), dans une vision ultra-libérale de la société dont la crise actuelle vient de démontrer la nocivité.
è Dans toutes ces mesures, il y a la volonté de remettre en cause le service public de l'enseignement supérieur, pour des raisons idéologiques (en faveur de la précarité et de la concurrence) et pour des raisons d'économie (on préfère investir ailleurs, le savoir n'est pas utile, il faut seulement former les jeunes à effectuer les tâches auxquelles les promet leur statut social).
La prochaine étape concernera tous les étudiants, avec l'augmentation brutale des frais d'inscription en université : la proposition de loi déposée en février par l'UMP sur les prêts étudiants formule dans son préambule qu'il s'agit de répondre à la réduction des moyens publics. Les banques n'ont pas attendu pour lancer des campagnes publicitaires cyniques. Dans les pays qui se sont engagés dans cette voie, les étudiants hypothèquent leur futur pour acquitter des droits d'inscription énormes (3 à 6000 euros par an).
Une même logique de la maternelle au secondaire :
Partout parents et enseignants s'inquiètent: le processus de privatisation des maternelles est engagé (projet de jardins d'éveil payants), les Réseaux d'aide aux élèves en difficulté (RASED) sont menacés, les programmes sont réduits au détriment de l'épanouissement et de la culture fondamentale nécessaires aux jeunes dans un monde en mutation. Partout les économies budgétaires rendent les emplois précaires, menacent l'égalité du le droit aux études.
Démocratie en Danger !
èDepuis quatre mois, le gouvernement multiplie provocations et refus de négociation, espérant que le monde universitaire cède à l'exaspération. Face à un mouvement massif et déterminé, il a encouragé les violences policières : insultes grossières, violences physiques, gardes à vue arbitraires se sont multipliées à l'égard des enseignants comme des étudiants lors de manifestations pacifiques. Le silence assourdissant de Mme Pécresse et de M. Darcos sur ces violences appelle à réfléchir sur la mutation répressive de notre société, où la liberté de penser devient chaque jour davantage un crime : la France n'avait pas connu une telle dérive depuis un demi-siècle...
èDepuis des mois, le gouvernement refuse délibérément de discuter avec les organisations représentatives des groupes socioprofessionnels qui expriment leur désaccord avec les mesures rétrogrades mises en place. C'est le cas à l'Université : les décrets contestés ont été rejetés largement, très au delà des clivages politiques habituels, dans les organes élus, par les associations de spécialistes et les organisations syndicales. Partout, M. Sarkozy met ainsi en œuvre une stratégie de violence sociale qui menace gravement aujourd'hui la cohésion de toute notre société.
En tant que citoyen, en tant que parent d'élève ou d'étudiant, en tant que salarié ou acteur économique, vous ne pouvez rester indifférent à ces dangers.
Soutenez nos demandes obstinées de négociations, possibles dès lors que les mesures contestées sont d'abord retirées pour permettre la concertation. Rejoignez sur le parvis de l'Hôtel de ville de Paris, la Ronde des obstinés (qui tourne depuis plus 500 heures).
Rejoignez les temps forts qui permettent d'exprimer votre désaccord avec une politique de casse d'un modèle français de justice et d'efficacité.
Les manifestations du premier Mai, conduites dans une unité inédite depuis 1945, en seront la prochaine occasion.