APPEL DE RENNES II (14 AVRIL)

Publié le par SUD étudiant



La cristallisation des médias et des centrales syndicales sur le 
C.P.E. annonçait la perspective d'une victoire en demi-teinte. Un 
recul sur ce seul point rendait prévisible l'effondrement de la 
dynamique actuelle qui, seule, rend possible la continuation de la 
lutte. Le constat qui apparaît ici nous oblige donc à admettre que 
même plusieurs « victoires » de ce type ne sauront faire vaciller 
l'équilibre de la gouvernementalité qui nous incombe. Si le 
remplacement du C.P.E. fut, certes, un coup d'arrêt pour elle, le 
véritable recul ne peut être signifié que par l'abrogation du C.N.E. 
et de la loi « égalité des chances » (qui se fondent d'ailleurs sur 
les mêmes modalités que celle du C.P.E.). En ce sens, obtenir le 
retrait intégral de ces réformes représente l'enjeu essentiel d'une 
stratégie de lutte telle que l'exige la situation. C'est, de même, en 
fonction d'un tel constat que se conçoit l'importance et le succès 
certain des arrêts de travail et des blocages économiques (ceux des 
flux tels que les gares, les routes, les centres de tri postaux, les 
centres commerciaux, ou comme les occupations et déménagements des 
A.N.P.E., boîtes d'intérim…). C'est cela même qui a alimenté la 
réussite de la mobilisation et a indiqué dans quelles perspectives 
pourrait s'élaborer une grève générale reconductible au sein de 
laquelle doivent enfin se retrouver étudiants, lycéens, salariés et 
précaires. Cet appel à la généralisation de la grève, tel est 
précisément ce que sous-entend le refus d'un « retour à la normale », 
tel est ce qui nous permettra d'opérer la mutation d'un mouvement 
social (avec son début et son attente de la fin) vers une lutte dont 
la temporalité longue ne laissera pas de place au statu-quo. Cette 
continuité marque alors l'évidence qu'il n'y a rien à attendre des 
confédérations syndicales que l'on doit juste mettre face à 
l'inévitable suivisme qui leur permet d'être encore écoutés. On ne 
connaît que trop bien la rengaine paternaliste qui raisonnablement 
nous prévient qu'en continuant « l'on se met tout le monde à dos », 
ce discours qui, sous le couvert d'un conseil à « la jeunesse » dénie 
la réalité de notre existence de précaire et de salarié. Ce n'est pas 
la jeunesse qui se révolte, ce n'est pas la jeunesse qui a porté le 
désir de destruction des émeutiers de novembre auquel le C.P...E. fut 
la méprisante réponse, ce qui se révolte c'est l'expression du refus 
de la triste quotidienneté d'une vie apolitique, confiée aux 
gestionnaires. Comment chacun, dans cette société, se rapporte à 
cette tristesse détermine deux façons irréconciliables d'être au 
monde : celle de qui se résigne à toujours mieux s'adapter et celle 
qui se reconnaît la puissance d'imposer une inflexion au cours des 
choses. C'est bien cette seconde manière d'être qui conforte et fait 
consister notre résistance encore vivace aux déferlements d'anti-
bloqueurs qui, pour restaurer la sécurité de leurs perspectives 
individuelles, ne cessent de creuser l'hostilité que nous nous devons 
d'assumer. Il ne s'agit pas de croire que l'on peut changer le monde 
avec un blocage d'université, ni de gérer avec les institutions un 
espace où « l'égalité des chances » se doit d'être programmée 
juridiquement. Cet appel se veut, au contraire, l'expression du 
changement que le mouvement à imprimé à nos vies, expression non de 
la « chance », mais de la joie que nous avons pu éprouver de nous 
être reconnus égaux. Il n'y a, il est vrai, d'appel que là où se fait 
sentir un isolement. Nous ne pouvons reporter plus longtemps la fin 
de la trêve et, dans le rejet de tout comportement victimaire, le 
choix plus que de notre refus, de notre combat contre la précarité et 
la répression policière. Nous ne pouvons désormais éviter de faire 
consister plus encore l'organisation d'une communauté de lutte dont 
la perspective est de pousser salariés et syndicats à nous suivre 
dans un printemps insurrectionnel. Pour qui désire réellement que ce 
qui a lieu ne soit pas condamné à être oublié, notre victoire passera 
nécessairement par l'amnistie des émeutiers de novembre et de la 
lutte de ces deux derniers mois contre le C.N.E. et la loi « égalité 
des chances ».

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Publié dans Nanterre

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