déclaration de Jacques PAIN, membre du conseil d'administration

Publié le par SUD étudiant

Ce référendum n’a aucun sens dans la période actuelle et tient plus de la provocation à l’émeute que de la conciliation et du dialogue. Il n’aurait un sens qu’à une grande échelle nanterrienne, et dans une démocratie délibérative garantie.

Pour commencer, il n’y a pas lieu de convoquer à un vote sans avis des instances, ou au sens restreint des instances restreintes, élargies aux directions d’UFR, pour l’occasion.

 

 Dans le cas où le vote se ferait, je ferai tout pour qu’il se tienne pacifiquement, mais je ne le cautionnerai pas, et me tiendrai « à côté », à condition que tous les contrôles de vote se tiennent: nombre exact de votants, détail des votes, rapportés à la masse numérique universitaire, et analyse en CA.

Notre président, pour qui j’ai toute l’estime institutionnelle qui convient, prend une position de président, et je suis avec lui. Je le remercie de sa lettre au ministre, très claire pour ce qui concerne le CPE, ce qui est la reprise de la position majoritaire du CA.

Rappelons que des Universités, par leurs CA, et leurs présidents, ont depuis longtemps pris position.

Il n’y a pas de bonne position dans la violence. Dans le conflit, il reste la discussion, même âpre, et c’est notre rôle. L’université est une instance « éducatrice ». Mais c’est un avis personnel. Le conflit est la culture de la démocratie.

 

 Cette lettre du président est claire, jusqu’au moment où, dans les propos du président, on nous propose de décider sur place, en personne et par les étudiants, qui voteront à ce référendum du désir de « connaissances » : puis je me priver des cours qui me feront apprendre et, valider ?

Qui dirait non ?

Nous reparlerons de ce refus de semaine « banalisée », qui pût être constructive, si la présidence rejoignait l’initiative. Le conflit passe par le débat et les analyses, c’est ce qui manque en France et dans nos banlieues universitaires.

 

 Les enseignants, souvent, se demandent eux-mêmes comment on pourrait se priver de leur cours. Nous le savons tous, nos cours sont essentiels. Je le pense. Mais la transmission est diverse, variée, et « abductive ». À  ne pas confondre avec l’adoubement.

 Comment mettre de la grève là dedans ? Dans une université « éclatée » ?

 La règle « individualistique » fait que plus rien ne tient du collectif, mais des emplois du temps. Nous nous étonnions souvent de cela dans les choix des étudiants.

 Mais posons-nous la question des enseignants, qui eux mêmes ont cette dérive, mal masquée par le système universitaire. Combien de nos UFR pourraient attester d’une démocratie de base, « délibérative », participative, entres les personnels, et avec les étudiants ? Ces étudiants, dont la participation « micro-institutionnelle » reflète et pourquoi ne jamais l’analyser, en CA par exemple, l’absence très libérale de travail politique du collectif universitaire.

Je suis dans cette université depuis 1966. Tous les grands mouvements sociaux, toutes les luttes étudiantes-universitaires, ont de toutes façons permis que tous les étudiants, engagés ou non, soient « protégés ».

 C’est-à-dire que, d’une façon ou d’une autre, nous avons à organiser par tous les moyens, des validations, universitaires bien sûr.

 

 Et nous y avons avant ou autrefois toujours réussi.

Rien ne peut se faire au détriment des personnes.

C’est ce que nous devons tenir, en respectant ce mouvement de lutte et de refus d’une société libérale sans concession, sans discussion.

 

En tant que « professeur des difficultés sociales », avec mes collègues et nos amis, je voudrais juste vous dire que la France passe du rang de la dignité, au rang non du mépris, mais des enchères de la honte.

 

Le pays des libertés et de la protection organisée et volontaire de l’éducation pour les enfants et les jeunes, brade ses jeunes, et court derrière l’Europe, et l’avenir.

Nous retournons à ce que nous dénoncions il y a trente ans.

J’ai le plus grand respect pour le savoir, j’en suis fait, et j’ai l’université dans la peau, mais le savoir est « sous conditions ».

L’université, c’est l’intelligence humaine mise en délibération dans l’espace public.

 

Qui me dirait le contraire ?

 

 Jacques PAIN, élu au CA, professeur d’université émérite du département de sciences Sciences Psychologiques et Sciences de l’Éducation.

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Publié dans Nanterre

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