RECHERCHE ET RENTABILITÉ
Ces maladies « non rentables » que les grands labos ignorent.
Santé . L’irresponsabilité criminelle des groupes pharmaceutiques,
qui n’investissent pas dans « les affections des pauvres », a été
pointée par l’OMS. « Depuis trente ans, sur plus de 1 500 médicaments
mis sur le marché dans le monde, moins de 1 % concerne des maladies
telles que le paludisme, la tuberculose ou la maladie du sommeil »,
lance en guise de cri d’alarme le Dr Bernard Pecoul, directeur de
l’Initiative pour les maladies dites négligées, à Genève, à la 59e
assemblée réunissant les 192 États membres de l’Organisation mondiale
de la santé (OMS), qui s’est terminée samedi dernier. Une réalité
criminelle dont sont en grande partie responsables les
multinationales pharmaceutiques. Car, dans leur logique commerciale,
elles estiment que ces maladies ne représentent pas d’intérêt
puisqu’elles touchent des patients dépourvus de ressources, voire
carrément insolvables. Elles ne constituent donc pas une perspective
en termes de profits. D’où l’absence d’investissements et d’efforts
de recherche de ces grands labos dans ce secteur. Pourtant, toutes
ces maladies si allégrement « zappées » tuent chaque année quelque 53
millions de personnes. Le seul paludisme (malaria) fait plus de
ravages que le sida dans plusieurs pays africains. Selon la Fondation
de la recherche médicale, à Paris, entre 1,5 million et 2,7 millions
de personnes, dont 1 million d’enfants de moins de cinq ans, perdent
chaque année la vie à cause de cette affection. La tuberculose tue
près de 5 000 personnes par jour. Son vaccin n’est que partiellement
efficace. Et pour cause, « les tests de diagnostic datent de la fin
du XIXe siècle et le traitement antibiotique, dont le plus jeune a
quarante ans, reste toxique », regrette amèrement le Dr Hervé Bradol,
patron de MSF France. Pour renverser cette logique, le Brésil et le
Kenya ont introduit une résolution, adoptée malgré la forte hostilité
des États-Unis et d’une partie de l’exécutif de l’OMS. « C’était
inespéré, tant il y a eu de manoeuvres procédurières pour bloquer
cette résolution », souligne le Dr Bradol. Cette première victoire
donne à l’Assemblée et à l’exécutif de l’OMS, précise-t-il, « un
mandat pour stimuler les investissements scientifiques financiers
dans le domaine de la recherche et du développement des médicaments
pour les pays les plus pauvres en Afrique, Asie et Amérique latine ».
Jusqu’ici, on ne peut que faire le constat d’un énorme déséquilibre,
l’essentiel de l’effort de recherche n’étant concentré que sur 10 %
des patients à l’échelle mondiale La question des brevets
pharmaceutiques, si âprement discutée lors des sommets de l’OMC -
Doha (2001) et Cancun (2003) -, a été aussi l’objet de passes d’armes
lors de l’assemblée de l’OMS. Cela a débouché sur une recommandation
bien imparfaite qui autorise à l’avenir les pays en développement à
contourner quelque peu les brevets, avec l’attribution de « licences
obligatoires » permettant d’importer des médicaments génériques moins
chers que les originaux. Ce sujet majeur devrait aussi être au coeur
du 7e Forum pharmaceutique international, du 1er au 3 juin, à
Brazzaville. Serge-Henri Malet
Source : L'Humanité, http://www.humanite.fr/journal/
2006-06-01/2006-06-01-830851
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