Amnistie pour les "embastillés" du CPE !
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Pétition . Face à l’ampleur de la répression des anti-CPE, l’Humanité lance aujourd’hui un appel pour réclamer la fin des poursuites.
Le funeste CPE est mort et enterré. Mais un autre combat s’engage. Cette fois, contre l’acharnement répressif invraisemblable dont font l’objet les militants anti-CPE. C’est le sens de l’appel lancé aujourd’hui par l’Humanité qui réclame "l’arrêt de toutes les poursuites engagées contre les jeunes anti-CPE et l’amnistie des peines déjà prononcées à leur encontre".
Les chiffres de la répression sont éloquents. En l’espace de quelques semaines, les forces de l’ordre ont effectué plus de 4 000 interpellations en marge des manifestations. À ce jour, quelque 1 270 personnes ont été traduites devant la justice, ou vont l’être prochainement.
« On voit qu’un tiers, à peine, des interpellations se terminent au tribunal, constate Hélène Franco, juge au tribunal de Bobigny. C’est bien là une preuve de l’arbitraire de ces arrestations... En interpellant à tout-va, il y a surtout, de la part du gouvernement, la volonté de faire peur. »
Parole contre parole
Et lorsque les dossiers arrivent au tribunal, ils sont, la plupart du temps, quasiment vides. « En général, le tribunal ne peut se baser que sur le PV du policier et la déposition du prévenu, explique Sébastien, élève avocat et membre d’un collectif d’assistance juridique au militant anti-CPE. C’est parole contre parole, les vidéos ne sont pas recevables et il n’y a quasiment jamais de photos pour apporter de preuve formelle... » Une bonne part des affaires concernent des « violences sur agents ». En fait, des jets de projectiles en fin de manifestation, qui n’ont, dans la majorité des cas, entraîné aucune blessure dans les rangs des forces de l’ordre.
Ce qui n’empêche pas le ministère public de requérir avec la plus grande sévérité. Les mois de prison ferme pleuvent. Même en cas de casier judiciaire vierge. « Le ministre de la Justice a donné des consignes très claires de sévérité, qu’il se rassure, elles ont été suivies à la lettre ! », s’agace une avocate parisienne. Un exemple parmi d’autres. Le 25 mars dernier, Cédric Ngami, vingt ans, est ainsi passé en comparution immédiate au tribunal correctionnel de Paris. Inconnu des services de police, cet étudiant à Créteil a été reconnu coupable d’avoir lancé, aux abords du Panthéon, une bouteille en verre contre un escadron de CRS, mais sans l’atteindre. Verdict : trois mois de prison ferme. Le procureur en avait requis six !
Une bonne leçon
À ce jour, soixante-huit personnes ont été condamnées à des peines ferme et 167 à de peines de prison avec sursis, des amendes, des heures de travaux d’intérêt général. « C’est absolument surréaliste, s’étonne encore Me Dominique Noguères, avocate au barreau de Paris, signataire de notre appel, qui a défendu cinq militants anti-CPE. Au fil des audiences, j’ai vraiment eu l’impression que l’on voulait donner une bonne leçon à ces jeunes « ’de bonne famille », leur faire comprendre qu’ils n’avaient rien à faire en fin de manifs. Pour eux, on n’hésite pas à prononcer de courtes peines de prison, car on estime qu’ils ne perdront pas leur situation, qu’ils ont « papa-maman » derrière... Mais c’est faux, on ne ressort jamais indemne d’une peine de prison. »
Pour beaucoup, l’amnistie relève de l’évidence. « C’est un geste qui serait parfaitement justifié, rappelle Sébastien, l’élève avocat. L’amnistie a justement été faite pour tirer un trait sur les délits commis dans le cadre de mouvements politiques et sociaux. On l’a fait en 1968, en 1986, en 1995... Pourquoi le président ne le ferait-il pas aujourd’hui ? »
