L'Allemagne stoppe le cousin germain du CPE

Publié le par Libération

CPE

Le ministre social-démocrate du Travail ne veut plus d'une période d'essai allongée de six mois à deux ans.

Par Odile BENYAHIA-KOUIDER
samedi 01 avril 2006



Berlin de notre correspondante

un peu plus et l'affaire aurait pu mettre en péril la grande coalition. Mercredi, le ministre social-démocrate (SPD) du Travail, Franz Müntefering, a annoncé sa décision de «stopper» la mise en oeuvre de la version allemande du CPE. Dans le quotidien Handelsblatt, le vice-chancelier reproche à ses alliés chrétiens-démocrates (CDU) de chercher à «s'éloigner pas à pas» du projet inscrit dans le contrat de coalition, adopté en commun.

Opposition. Le 11 novembre, la CDU et le SPD avaient laborieusement scellé un compromis qui consistait à allonger la période d'essai de six mois à deux ans pour tous les nouveaux embauchés. Prévue pour mars, cette mesure devait remplacer le système existant, à savoir un contrat à durée déterminée de deux ans. Le gouvernement Merkel espérait ainsi stimuler le marché de l'emploi, qui ne montre pas de signe de reprise. Profitant d'un affaiblissement du SPD dans les sondages, le ministre de l'Economie, Michael Glos (CSU), a fait savoir que la mesure lui paraissait insuffisante, provoquant une levée de boucliers à gauche.

Ce n'est certes pas la première fois que la grande coalition est tiraillée de la sorte. Mais il est sans précédent qu'un ministre remette en cause un article du «contrat de mariage». Consciente du danger que ce précédent pouvait représenter pour la viabilité du couple, Angela Merkel s'est interposée en déclarant au Bundestag, jeudi, qu'il fallait «au moins appliquer ce qui est écrit dans le contrat». Toute la question est maintenant de savoir si Franz Müntefering va réussir à se débarrasser du projet. Les Jusos (jeunes du SPD) ont déjà fait connaître leur opposition à la réforme. Michael Sommer, président du DGB (confédération des syndicats allemands), a menacé l'Allemagne de désordres identiques à ceux de la France. Un avertissement que le SPD n'a pris qu'à moitié au sérieux. «Nous avons une autre tradition sociale», assure un ponte du SPD, qui s'inquiète plus de la «déliquescence du Parti socialiste» que des mouvements français, perçus comme très exotiques depuis Berlin. «Notre préoccupation principale n'est pas l'assouplissement de la clause de licenciement, estime Frank Schneider, membre du collectif Fair Work, contre la politique de stages. La période d'essai existait déjà avant. Notre souci, c'est plutôt le fait que l'on fasse travailler de plus en plus fréquemment les jeunes pour quasiment rien.»

Stages. Fair Work, qui a appelé, avec les jeunes du DGB et les Français de Génération précaire, à une manifestation européenne ce samedi à Berlin, Dresde, Paris et Vienne, exige que les stages aient lieu durant le cycle d'études et non après. Selon une étude réalisée par le DGB, la moitié des stages des diplômés correspond à de vrais emplois. Et 30 % d'entre eux ont gagné moins de 300 euros par mois. Le problème de l'entrée des jeunes sur le marché du travail en Allemagne est deux fois moins grave qu'en France. Mais la précarisation est en marche.

 http://www.liberation.fr/page.php?Article=371705

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Publié dans Luttes internationales

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