Forts du soutien des sondages et des jeunes, les anti-CPE manifestent samedi
Dans la foulée de la mobilisation réussie des jeunes jeudi, les syndicats de salariés, d'étudiants et de lycéens organisent samedi une 3ème journée de manifestations qu'ils espèrent décisive, Jacques Chirac souhaitant de son côté que le dialogue "s'ouvre au plus vite".
Selon un sondage CSA publié vendredi, plus de deux Français sur trois (68%) souhaitent le retrait du CPE. Ils étaient 55% le 8 mars.
Samedi, pour leur 3ème journée nationale de manifestations en six semaines - après le 7 février, puis le 7 mars où les cortèges avaient drainé entre 400.000 et un million de personnes -, les anti-CPE tablent sur une forte mobilisation. La CFDT a avancé vendredi le chiffre de 1,5 million de manifestants dans quelque 160 rassemblements.
Jeudi, des dizaines de manifestations ont réuni entre 247.500 et 500.000 jeunes partout en France, pour exiger le retrait de ce nouveau contrat à durée indéterminée destiné aux moins de 26 ans, résiliable sans obligation pour l'employeur de motiver sa décision pendant les deux premières années.
Les cortèges ont été étoffés, notamment à Paris (entre 33.000 et 120.000 manifestants), Bordeaux (entre 6.800 et 25.000), Marseille (7.000 à 15.000), Lille (6.500 à 12.000), ou Lyon (5.000 à 8.000).
Mais cette nouvelle démonstration de force, ponctuée de perturbations dans une soixantaine d'universités sur 84, de blocages dans des dizaines de lycées et de quelques incidents à Paris ou à Rennes, n'a pas fait fléchir la détermination du Premier ministre.
Dominique de Villepin, fort du soutien du président de la République, du gouvernement et de l'UMP, en dépit de quelques voix discordantes ici ou là, s'est dit prêt jeudi à "convaincre jusqu'au bout" sur le CPE, faisant valoir qu'il pourra être "amélioré", mais "dans le cadre fixé par loi".
Le premier ministre devait recevoir vendredi les présidents d'université, dont quelques-uns se sont ralliés à la fronde anti-CPE.
Le président Jacques Chirac a réaffirmé de son côté que le gouvernement était "prêt au dialogue" souhaitant que "celui-ci s'ouvre au plus vite".
Le chef de l'Etat a également lancé un appel à "la responsabilité de chacun" à la veille des manifestations de samedi, souhaitant qu'elles se déroulent "dans le calme et le respect de tous". Il a une nouvelle fois défendu le CPE, qui est "un élément important" de la politique contre le chômage des jeunes.
Pour sa part, le ministre de l'Emploi, Jean-Louis Borloo a dit vendredi ne pas douter de la capacité des uns et des autres, "entre adultes républicains", de "faire les pas nécessaires pour trouver une solution".
Patrick Devedjian, conseiller politique du président de l'UMP Nicolas Sarkozy, a quant à lui qualifié le CPE de "choix un peu aventureux" du Premier ministre.
Quoi qu'il en soit les syndicats, qui reprochent à l'exécutif d'être "passé en force" sur nombre de sujets en quelques mois, ont décliné toute offre de dialogue avec le gouvernement tant qu'il n'aurait pas retiré le CPE.
Désormais syndicats de salariés - CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC, Unsa, Solidaires, FSU -, étudiants et lycéens - Unef, Fidl, UNL - préviennent déjà que faute d'être entendus ils entendent "passer à la vitesse supérieure".
"Si nous parvenons samedi à être extrêmement nombreux", a prévenu Bernard Thibault (CGT), "il faudra envisager d'un commun accord de passer à un cran supérieur".
La FSU a évoqué un "appel à la grève interprofessionnelle" dès la semaine prochaine, au cas où la situation n'aurait pas évolué, proposition qui sera débattue dès samedi soir, à l'occasion d'une intersyndicale.