A tous ceux qui pensent que se battre contre le CPE ne sert à rien, ou à pas
Il y a dans le monde du travail des salariés qui ont moins de droits que d’autres,
et notamment pas le droit à la sécurité du revenu : tous ceux qui travaillent sous
statut précaire.
Le problème du salarié précaire, c’est bien sûr l’insécurité matérielle –
l’impossibilité de faire des projets d’avenir, le fait de devoir rester
éternellement chez Papa-Maman – mais pas seulement : c’est aussi au boulot,
quotidiennement, qu’il trinque.
Au boulot, à moins de rencontrer d’autres personnes dans le même cas avec qui il
pourra essayer de se battre (ce qui n’arrive vraiment pas souvent), il n’a que le
choix de la fermer. La fermer face à la direction, qui en général aime surtout la
docilité, la fermer face au petit chef (au « supérieur » hiérarchique, comme ils
disent), qui aime surtout avoir du pouvoir sur la vie de ses « inférieurs », la
fermer face aux collègues aussi, qui trop souvent préfèrent mettre (gentiment bien
sûr) le nez dans le sable plutôt que regarder en face l’injustice faite à la
personne qui fait à côté d’eux le même boulot qu’eux, mais pour moins de fric et
sans garantie.
Ca, c’est ce que permettent, depuis longtemps déjà, les contrats à durée déterminée,
l’intérim, les « stages », les emplois « aidés » en tout genre … Mais, avec le CPE,
c’est toute la jeune génération qui va en faire l’expérience. Commencer, pendant
deux ans, par courber l’échine devant les chefs, par se taire devant l’injustice,
par vivre avec la trouille… voilà l’expérience que « nos » dirigeants rêvent de
faire vivre à la jeunesse, trop rebelle encore à leur goût, malgré ses longues
années de bachotage et de compétition scolaire.
Alors, si ça vous tente, restez scotchés sur vos bancs d’école, ça viendra tout
seul. Mais si vous pensez que la vie vaut mieux que ça, que le travail peut être
autre chose que la compétition de tous contre tous, que la solidarité est une
expérience qui mérite d’être vécue, alors bougez-vous ! Pour vous qui avez la vie
devant vous, bien sûr, mais aussi pour tous les salariés plus âgés que vous,
installés dans le renoncement et la trouille, incapables, semble-t-il, de trouver
encore la force de dire collectivement non à ce dont ils souffrent tous en silence.
Pour changer les règles d’un jeu, il faut commencer un jour par cesser de jouer.
Aujourd’hui c’est un bon jour pour essayer. Et le CPE, une très, très bonne raison
de le faire.
Des qui savent ce que précarité veut dire
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