Douze heures dans la Sorbonne, de l'entrée par la fenêtre à l'évacuation

Publié le par AFP


En l'espace de douze heures, ils ont "pris" triomphalement la Sorbonne" puis l'ont perdue : de vendredi 16H30 à samedi 4H00, quelques centaines d'étudiants ont occupé le symbole de l'université française, exprimant fiévreusement leur refus de la loi instaurant le CPE.

A Saint-Germain-des-Près, il est 16H30 quand des manifestants contre le Contrat première embauche sèment les policiers et pénètrent, par surprise, dans la Sorbonne fermée sur ordre du recteur.

Par dizaines, ils s'engouffrent par une fenêtre du rez-de-chaussée et, au chant révolutionnaire italien "Bella Ciao", rejoignent, euphoriques, la trentaine d'étudiants qui occupaient les lieux depuis mercredi midi.

Dans l'amphithéâtre Descartes, les étudiants réunis en AG affirment leurs deux "revendications indissociables : le retrait de la loi sur l'Egalité des chances (comprenant le CPE) et la réouverture de la Sorbonne à tous".

Il est 21H30 quand Julien, "Nanterrois" de 24 ans, fidèle à "la critique sociale des situationnistes", explique qu'il voit dans le rejet du CPE "un symptôme du malaise beaucoup plus large de la jeunesse, une façon de dire +ça ne va pas, on a les jetons+, car on ne se voit aucun avenir émancipateur, dans ce contexte de politiques libérales".

Dans l'université encerclée par les CRS, les occupants vont et viennent à tous les étages. Certains improvisent un "service d'ordre" pour prévenir les dégradations : deux étudiants en histoire de 21 ans "gardent" ainsi une bibliothèque de livres anciens dont la porte a été forcée.

Vers 22H30, des dizaines d'autres jeunes gens pénètrent, à leur tour, dans l'université pourtant encerclée par les CRS, après avoir grimpé sur des échafaudages de chantier jusqu'à une fenêtre du 3e étage. Des étudiants filtrent d'abord l'accès, puis l'entrée n'est plus contrôlée.

Vers minuit, depuis les fenêtres des étages, quelques dizaines d'occupants (refusant de dire de quelle université ils proviennent) commencent à jeter par les fenêtres des objets vers les CRS massés rue de la Sorbonne : échelles, tables, chaises, extincteurs, quelques livres.

Quelques heures plus tôt, les étudiants avaient voté à main levée pour "une défense activement non violente" et avaient condamné "toute dégradation de la fac". Quelques étudiants quittent les lieux, las ou dégoûtés, d'autres admettent ces "débordements, dans un rapport de force violent", d'autres encore se moquent "des étudiants +bisounours+ qui ne voudraient faire que de gentils sit-in".

Des tracts du syndicat UNI, la droite universitaire, sont brûlés dans la cour pavée.

Dans la nuit ponctuée de fausses alertes ("les CRS vont arriver!"), la tension ne cesse de monter puis de retomber.

Les assemblées générales successives sont des exercices de "démocratie directe", passionnés et parfois houleux. Vers 1H00, on discute d'"un appel à la grève générale des étudiants et des salariés" ou "de la solidarité inconditionnelle avec les émeutiers de novembre".

Dans le magnifique amphithéâtre Richelieu, des étudiants partagent, au son du piano à queue, le champagne et le vin "pris dans les caves de la direction".

Quand les CRS surgissent dans le hall, peu avant 4H00, la plupart des étudiants vont se serrer sur les marches de la chapelle funéraire de Richelieu, en criant "résistance pacifique!". En une dizaine de minutes, les CRS les repoussent vigoureusement vers la sortie.

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Publié dans Nanterre

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manifestation samedi midi place ST Michel pour protester contre les arrestations et la répression
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