Quel avenir ?

Publié le par germinal

     Le 16 janvier, le Premier Ministre vient de présenter le deuxième volet de
la « bataille pour l'emploi. La méthode employée - les mesures annoncées
n'ont fait l'objet d'aucune négociation -, dit tout sur leur contenu. Le
Contrat Première Embauche (CPE) en est la mesure phare. Il est censé
résoudre le problème du chômage des jeunes. Il constitue une nouvelle
attaque frontale contre le droit du travail. Il ouvre la voie à une refonte
de ce même droit, réclamé avec intensité par le Medef et déjà prévue par le
gouvernement. Cette mesure fait l'impasse sur la situation de centaines de
milliers de jeunes. L'argument du chômage des jeunes est ici utilisé pour
accentuer la précarisation, déjà intolérable, de toute une frange de la
population.



    La novlangue orwellienne est de nouveau à l'ouvre quand le Premier ministre,
affirmant vouloir défendre « le modèle social français » s'acharne à en détruire
les fondements et quand il veut nous faire croire que le CPE et sa période de «
consolidation de l'emploi » sera un tremplin pour l'emploi de jeunes. Une
période de deux ans, durant laquelle, les licenciements pourront avoir lieu sans
aucune justification, ouvrirait la voie à la création d'emplois stables. En
fait, le seul avantage du CPE est celui qu'en tireront les employeurs, qui
pourront dorénavant procéder à une rotation des jeunes, de salariés corvéables à
merci et jetables sans les contraintes habituelles. Le CPE cannibalisera les
autres contrats de travail et les employeurs pourront enchaîner CPE après CPE.



    Ce qui, avec le contrat nouvelle embauche, était réservé aux entreprises de
moins de salariés sera maintenant appliqué pour les jeunes à toutes les
entreprises, avant d'être étendu à tout le salariat comme le gouvernement
l'envisage explicitement. Un amendement déposé par le gouvernement dispose de
plus qu'« en cas de rupture du contrat à l'initiative de l'employeur, au cours
des deux premières années, il ne peut être conclu de nouveau « contrat première
embauche » entre le même employeur et le même salarié avant que ne soit écoulé
un délai de trois mois à compter du jour de la rupture du précédent contrat. ».
En clair, le CPE pourra devenir un contrat de deuxième, troisième voire
quatrième embauche à condition que le l'empoyeur attende trois mois.



    Pour les jeunes, les premiers pas dans l'emploi se traduiront par l'appréhension
d'une encore plus grande précarité, l'apprentissage de la docilité pour pouvoir
espérer y échapper. Vivre constamment avec l'épée de Damoclès du licenciement
suspendue au-dessus de la tête, voilà le sort réservé aux premiers embauchés.
Concrètement, cela veut dire adieu droit de grève, adieu à toute forme de
contestation de regard critique ou même de respect des règles élémentaires du
droit du travail. S'agit-il de faire des jeunes des salariés de seconde zone,
précarisés, flexibilisés, réduits au silence ?



    D'autant que cette jeunesse souffre de la précarisation de l'ensemble de son
existence. Résignation et désenchantement, tels sont les caractéristiques d'une
jeunesse qui est sommée de se satisfaire de son sort, qui doit accepter l'idée
qu'elle est une génération qui vivra moins bien que celle de ses parents. Les
jeunes aujourd'hui, qu'ils soient salariés ou en formation, sont touchés par une
précarité multiforme. Une précarité de l'emploi, faite de succession de stages,
de CDD, de période d'intérim, de chômage, ou de double statut pour les étudiants
qui sont maintenant près de la moitié à travailler. Une précarité du logement,
accentué par l'augmentation des loyers, le délabrement des cités universitaires.
Une précarité dans les études, avec des conditions de vie de plus en plus
difficiles, des bourses indécentes, des logements hors de prix, des universités
sous-dotées, ainsi qu'une difficulté de plus en plus importante à concilier
étude et travail. Cette précarité généralisée est un frein majeur à la
réalisation de l'autonomie que tous les jeunes recherchent. Elle entraîne une
situation d'incertitude constante, une incapacité à se projeter dans l'avenir, à
construire sa propre vie. Cette souffrance a été mise en lumière récemment, par
le mouvement des stagiaires, et par les étudiants en Education physique et
sportive qui on fait annulé l'épreuve du CAPEPS pour protester contre la
réduction de 50 % du nombre de postes à ce concours. Aujourd'hui, plus d'avenir
: les concours de la fonction publique se ferment, austérité budgétaire oblige
et le seul choix laissé à la jeunesse est celui de la précarité, CDD, intérim,
stages et maintenant CPE. Nous défendons pour notre part la nécessité de
permettre une réelle autonomie de la jeunesse. Elle ne pourra se faire que par
l'acquisition d'un statut salarial stable et durable d'une part, et d'autre part
par la création d'un revenu socialisé d'étude pour les jeunes en formation.



        La nouvelle présidente du Medef, Laurence Parisot, affirmait il y a peu "La
vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à
cette loi ?". Une telle vision revient sur des décennies de luttes sociales
dont l'objectif était justement de sortir les êtres humains de la précarité
de la vie quotidienne qui était la leur. Face à un projet de société
réactionnaire, au sens premier du mot, il faut aujourd'hui réaffirmer ce qui
a été au fondement du syndicalisme dès sa naissance, la nécessaire «
émancipation intégrale » de l'humanité de toutes les formes d'exploitation
et d'oppression.
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Publié dans Interprofessionnel

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