CPE : M. de Villepin accélère pour contrer les syndicats

Publié le par LE MONDE | 24.01.06 |


Dominique de Villepin est pressé d'en découdre. Son contrat "première
embauche" (CPE) pour les jeunes de moins de 26 ans — un contrat à durée
indéterminé assorti de deux ans de période d'essai — devrait être discuté par
l'Assemblée nationale dès le 31 janvier. Le 16, le premier ministre avait indiqué
qu'il se servirait d'un "support" législatif existant — le projet de loi sur l'égalité
des chances, conçu comme une réponse à la crise des banlieues de l'automne
2005 et déjà adopté par le conseil des ministres. Pour aller encore plus vite,
Matignon a fait savoir, lundi 23 janvier, que ce texte, initialement programmé à la
mi-février, prendrait la place, dans le calendrier parlementaire, de la loi sur la
recherche, et serait examiné en séance dès le 31 janvier. Pour parfaire son
offensive, M. de Villepin a déclaré l'urgence sur ce texte (une seule lecture dans
chaque chambre). L'Assemblée devrait le voter le 21 février.

Dès mardi 24 janvier, trois ministres, Jean-Louis Borloo (emploi), Azouz Begag
(égalité des chances) et Catherine Vautrin (cohésion sociale) devaient présenter le
texte à la commission des affaires sociales. Le projet de loi compte parmi ses
dispositions majeures la réforme de l'apprentissage, avec possibilité de signer un
contrat dès l'âge de 15 ans, et l'instauration d'un "contrat de responsabilité
parentale", assorti d'une éventuelle mise sous tutelle des allocations familiales en
cas d'absentéisme scolaire. Pour le moment, il ne dit mot sur le CPE. M. de
Villepin veut éviter la censure du Conseil constitutionnel qui avait retoqué en
2003 des dispositions relatives aux élections régionales au motif que le texte
déposé sur le bureau de l'Assemblée n'était pas conforme à celui adopté en
conseil des ministres. Le gouvernement devrait donc présenter des amendements
plus tard, "après les avoir soumis pour avis au Conseil d'Etat", précise Matignon.

L'accélération du calendrier galvanise la gauche, déjà mobilisée contre le CPE. "Le
gouvernement craignait un mouvement, il a fait un calcul par rapport aux
vacances scolaires et universitaires, accuse François Hollande. Mais en accélérant
le mouvement, il montre qu'il n'est pas sûr de lui". Pour le premier secrétaire du
PS, qui fustige "un mauvais texte et une entourloupe", la mobilisation doit être
"totale". "Les jeunes, dit-il, ont dans leurs mains pas seulement leur destin, mais
celui d'un mouvement plus puissant qui pourrait concerner tous les salariés."
Pour le socialiste Dominique Strauss-Kahn, "cette nouvelle provocation appelle
une riposte unitaire de grande ampleur de toute la gauche".

A quelques jours d'une rencontre prévue le 8 février, entre le PS, le PCF, les Verts,
le PRG et le MRC de Jean-Pierre Chevènement, le CPE pourrait servir de
dénominateur commun à des partis qui peinent à s'entendre sur un éventuel
programme de gouvernement. Lors d'une rencontre prévue avec des salariés
d'Eurodisney, mardi 24 janvier, la secrétaire nationale du PCF, Marie-George
Buffet, devait dénoncer le lien entre "la jeunesse et la précarité".

De nombreuses organisations de jeunes, politiques et syndicales — UNEF, Jeunes
CGT, le MJS (socialiste), JC (communiste), UEC (communiste), JCR (Ligue
communiste révolutionnaire), Jeunes Verts, JRG (radicaux de gauche), Fédération
Sud-Etudiants, UNL — ont lancé, le 19 janvier, un appel à la mobilisation et créé
un site Internet commun www.stopcpe.net. Les syndicats devaient se retrouver,
mardi, au siège de FO à Paris, avec les organisations étudiantes et lycéennes pour
mettre au point la mobilisation. "Le gouvernement essaie de passer en force
avant qu'une mobilisation s'organise", estime Rémi Jouan (CFDT). Une analyse
partagée par tous les syndicats. N'ayant pas réussi à contrer la mise en place du
contrat nouvelles embauches (CNE) à l'été 2005, ils ne veulent pas réitérer cet
échec avec le CPE.

Plusieurs scénarios étaient envisagés mardi matin, dont la transformation de la
journée d'action nationale de la CGT, organisée le 31 janvier. Maryse Dumas
(CGT) se déclarait prête à la consacrer à la lutte contre le CPE. "Il faut arriver au
rassemblement le plus large", indique-t-elle. La CFDT y est favorable, mais René
Valadon (FO) y est très hostile : "Il faut être sérieux, le 31 janvier de la CGT est
déjà sur les rails, et nous n'aurons pas le temps de bien préparer les
manifestations contre le CPE." FO compte proposer la date du 7 février, alors que
l'UNEF avance celles du 1er ou du 2 février. Pour Alain Olive (UNSA), "soit on joue
au jeu subtil du syndicalisme français qui consiste à se marquer à la culotte, soit
on se met d'accord sur le 31, jour du débat à l'Assemblée".

Rémi Barroux, Christophe Jakubyszyn, Isabelle Mandraud
Article paru dans l'édition du 25.01.06
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Villepin cherche à éviter une fronde des jeunes
LE MONDE | 24.01.06 | 12h31  •  Mis à jour le 24.01.06 | 13h24

la veille de la rencontre, mardi 24 janvier, entre les syndicats de salariés et les
mouvements étudiants, qui devraient décider une "initiative commune" contre le
contrat de première embauche (CPE) destiné aux moins de 26 ans, le premier
ministre a choisi d'accélérer son calendrier législatif. Dominique de Villepin a
décidé d'avancer de plus de quinze jours l'examen du projet de loi sur l'égalité
des chances, qui commencera à l'Assemblée nationale le 31 janvier et dans lequel
la création du CPE, annoncée le 16 janvier, doit être introduite par voie
d'amendement. Le gouvernement ayant décrété l'urgence, il n'y aura qu'une seule
lecture de ce texte à l'Assemblée et au Sénat. "En anticipant et en accélérant le
mouvement, le gouvernement montre qu'il n'est pas sûr de lui", affirme François
Hollande, premier secrétaire du PS, qui fustige "un mauvais texte" et "une
entourloupe". Pour Dominique Strauss-Kahn (PS), "cette nouvelle provocation
appelle une riposte unitaire de grande ampleur".

Le chef du gouvernement espère prendre de vitesse les organisations de jeunesse
(UNEF, jeunes CGT, MJS, MJC, Sud étudiant) qui, bien que très actives, pourraient
avoir du mal à mobiliser pendant les vacances scolaires, étalées du 4 février au 6
mars. Il cherche aussi à éviter la constitution d'un front mêlant ces organisations
et les syndicats de salariés. Ces derniers sont en effet quasiment tous opposés au
CPE, dans lequel ils voient une "institutionnalisation" de la précarité. Tous gardent
en mémoire la mobilisation contre le contrat d'insertion professionnelle (CIP),
auquel le gouvernement d'Edouard Balladur avait dû renoncer, en 1994.

S'il accélère sur le CPE, le premier ministre a décidé, en revanche, de différer
l'examen du texte sur le droit d'auteur, dont le ministre de la culture, Renaud
Donnedieu de Vabres, avait annoncé la reprise pour le 7 février. Ce projet de loi,
qui prévoit des sanctions pour le piratage sur Internet, est un autre motif de
mécontentement pour les jeunes.

Claire Guélaud
Article paru dans l'édition du 25.01.06
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Publié dans Nanterre

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