NE LAISSONS PAS PASSER CETTE saLOPRIe
L’année universitaire 2003-2004 avait vu les étudiant-es puis les chercheur-ses descendre dans la rue pour dénoncer la politique éducative du gouvernement. Méprisant nos revendications et nos mouvements, Fillon et Daubert ont décidé de revenir à la charge pour enfoncer un peu plus le clou du libéralisme dans l’enseignement supérieur. Ainsi la LOPRI (loi d’orientation et de programmation pour la recherche et l’innovation), qui doit être votée avant les vacances d’été, a explicitement pour but de soumettre la recherche et l’enseignement supérieur aux intérêts privés et d’instaurer une université à deux vitesses.
L’université du pauvre, le PRES du riche.
Ce projet de loi annonce la création de PRES (Pôle de recherche et d’enseignement supérieur) qui font échos aux pôles d’excellence que nous avions combattus et fait rejeter à la rentrée 2003. Ces PRES « fédèrent et ordonnent autour d’une thématique ou d’un ensemble de thématiques cohérentes l’ensemble des acteurs qui le constituent ». Autrement dit pour qu’une université fonde un PRES avec une autre université ou un organisme de recherche, il faut qu’elle se spécialise sur un domaine ou une thématique, quitte à rayer de sa carte des filières. Ces PRES sont crées sous condition de l’accord du ministère en fonction de critères de rentabilité économique. Ces « pôles de compétitivité » ont toutes les facilités pour mener des partenariat avec les entreprises et bénéficient d’aides supplémentaire de l’Etat et d’exonération fiscale importantes.
D’un côté il y aura des pôles qui cumuleront tous les moyens et de l’autre il y aura des universités avec de maigres moyens. En effet, il est prévu que d’ici 2010, les crédits donnés aux PRES et à la recherche appliquée seront 4 fois supérieurs à ceux donnés aux universités. D’ailleurs, les crédits de base des universités n’augmenteront pas d’ici à 2010 alors même que le ministère a mis 5 milliards d’euros sur 5 ans. Quand aux créations de postes c’est pire : alors que les propres chiffres du ministère indiquent un manque 16 000 enseignant-es chercheur-ses, il n’en créera que 2500 en 5 ans et en priorité dans les PRES. Par ailleurs la précarité augmentera puisque désormais des postes en CDD pourront être crée et que l’augmentation d’allocation de thèse pour les doctorant-es est ridicule (1000 allocations, quand on sait que plus de 40 000 doctorant-es n’ont pas de financement.
Des inégalités fortes entre PRES et universités :
Il est bien dit que toutes les universités ne peuvent participer à des PRES. Par ailleurs, ces PRES étant structurés autour de thématiques, les universités auront deux possibilités :
-devenir des lieux de formation, sans lien avec la recherche. Elle seront une sorte de grand lycée, où nous serons orientées vers des cursus courts et plutôt professionnels.
-Si elles veulent continuer à faire de la recherche, elles devront se spécialiser sur une ou quelques thématiques pour pouvoir intégrer un PRES. En effet, il est dit que les crédits de l’Agence Nationale pour la Recherche (qui gérera 50% des crédits de la recherche) iront en priorité aux recherches menées dans le cadre des PRES.
Une sélection renforcée à l’université
La nouvelle organisation autour des PRES implique un fort découpage dans la formation entre les universités et les pôles : d’un côté les universités s’occuperont des Licences, de l’autre les PRES prendront en charge la majeur partie des master et doctorats. Ceci implique deux conséquences graves :
-l’enseignement de licence n’est plus obligatoirement adossé à la recherche, puisque celle-ci se fera principalement au sein des PRES.
-Les moyens humains et matérielles seront concentrés sur les master d’excellence (et à un degré moindre le doctorat). Il est donc à craindre que la sélection se renforce à l’entre en master et/ou que les licences soit conçus comme licences « terminales » et donc que le master devienne un niveau beaucoup plus élitiste qu’il ne l’est aujourd’hui.
A cela s’ajoute le fait que les universités étant obligés de se spécialiser sur un domaine (par exemple l’économie) ou sur des thématiques, des filières disparaîtront des universités et/ou seront concentrés sur un seul lieu. Ainsi l’étudiant-e du Havre qui veut faire « Histoire » devra allée à Caen ou Paris. Ceci représente donc un coût supplémentaire pour nous qui devront être mobile pour suivre le cursus que nous voulons. Bien entendu le ministère n’a pas prévu d’augmenter les bourses ni même de créer un revenu social étudiant pour nous aider !!
Derrière la LOPRI, se cache « l’autonomie des universités ».
A la rentrée 2003, nous avions par notre mobilisation fait rejeté la loi d’autonomie des universités. Aujourd’hui elle revient par la fenêtre de la LOPRI.
Avec la nouvelle réorganisation autour de PRES et de leur thématique de recherche il n’y aura plus de diplômes nationaux puisque chaque université et chaque PRES devra se spécialiser dans un domaine ou une thématique. Ainsi chaque université ou PRES aura son propre parcours de formation et son propre diplôme.
Au détour d’un paragraphe, il est dit que les Universités auront dorénavant un budget global ce qui leur permet de gérer eux-même leur recrutement et l’affectation des masses budgétaires. Concrètement ceci aboutit à ce que chaque université gère son budget comme elle le veut : ainsi elle peut n’embaucher que des précaires, supprimer telle filière ou telle laboratoire pour faire des économies d’argent, ou encore augmenter la participation financière des étudiant-es à leur formation.
Y-a-t-il un pilote dans l’avion ? oui le MEDEF.
Le choix du gouvernement est clair et explicite : « associer étroitement les entreprises à la définition des agendas de recherche » . Ainsi le Haut Conseil pour la Recherche et l’Innovation qui décidera des orientations sera composé à 50% d’experts économiques et de patrons. Il en sera de même pour l’Agence Nationale pour la Recherche. Surtout désormais, le financement de la recherche se fera sur projet de 3 à 5 ans en fonction de seuls critères de rentabilité économique : il n’y aura donc plus aucune répartition des crédits entre matières (rentables ou non). C’est la chasse aux profits et aux capitaux privés !
Dans ce cadre, les matières non rentables comme les maths, une partie de la biologie et surtout les sciences humaines et sociales. D’ailleurs, il n’y a aucun crédit prévu pour les SHS dans les financements de l’Agence Nationale pour la Recherche.
Etudiant-es, enseignant-es chercheur-ses et IATOSS, nous devons nous unir contre cette saLOPRIe :
Aujourd’hui, plus que jamais, c’est notre cadre de travail et d’études à tous qui est menacé. Face à une vision purement libérale de la recherche et de la formation, nous devons réaffirmer la nécessité d’un service public d’enseignement supérieur et de recherche fort, seul capable d’assurer l’égalité de tous dans l’accès aux diplômes et à la connaissance et de garantir la pluralité de formations et de recherches. Nous devons lutter ensemble pour faire retirer ce projet de loi et enfin obtenir les moyens de mettre en place une Université ouverte à tous les publics et à tous les savoirs.