Promouvoir le service public à l’Université et au CNRS

Publié le par SUD étudiant

Soucieux de promouvoir le service public à l'heure où il est gravement menacé par la loi LRU, nous avions constitué une liste de professeurs pour les élections au CA. Les modalités électorales sont telles qu'elles risquent d'occulter le sens même de notre intervention. C'est pourquoi nous avons décidé de ne pas nous présenter et de centrer notre action sur un collectif rassemblant les collègues qui souhaitent défendre dans le débat électoral une vision de l'université et de la recherche opposée à celle de la loi LRU et de la transformation du CNRS en agence de moyens. 
 

Bernard Friot (SSA, sociologie) 
Hélène Raymond (SEGMI, économie) 
Christian Lazzeri (LLPhi, philosophie) 
Christian Klein (Langues, allemand) 
Bernard Pudal (SJAP, sciences politiques) 
Jacques Defrance (STAPS, sociologie) 
Chantal Delourme (EEA, anglais)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Ce collectif regroupe les enseignants et les chercheurs CNRS en poste à Paris X. 

Vous pouvez vous joindre à lui en signant le texte joint

« promouvoir le service public à l’Université et au CNRS ».

Les signatures sont recueillies par bernard.friot@-paris10.fr 

Une première réunion aura lieu jeudi 14 février de 12h à 14h en salle G 30.

 

 
Collectif

Promouvoir le service public

à l’Université et au CNRS 
 
 
 
 

Les 20 et 21 février prochains, ne nous trompons ni d’élection ni d’enjeu : 

- les élections au CA sont l’occasion de confronter des positions sur le devenir de notre université indépendamment des candidatures à la présidence : n’inversons pas les calendriers, comme on l’a fait dans nos institutions politiques avec les effets désastreux de présidentialisation !

- l’enjeu de ces élections doit être apprécié dans leur contexte : l’enseignement supérieur et la recherche sont dans la tourmente de réformes structurelles -  impulsées dans le cadre de la loi LRU et du projet de transformation du CNRS en agence de moyens - qui visent à faire exploser les cadrages nationaux des formations, des missions des établissements, des statuts et conditions de travail des personnels. Ces dispositions aggravent les effets de la mise en place de la LOLF, de l’ANR et de l’Agence de l’Évaluation et de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES). Elles suppriment ou menacent la nécessaire autonomie de notre travail d’enseignants et de chercheurs, qui suppose un financement public de recherches fondamentales menées librement sur le long terme, et des instances élues d’impulsion et d’évaluation. Elles nous imposent, via le renforcement du pouvoir présidentiel, une autonomie que nous refusons, celle de la dévolution du patrimoine, celle de l’appel aux fonds privés, celle de la définition locale des services, des salaires, des carrières, cœur de la mise en concurrence des établissements. 

Nous nous opposons à cette logique, nous affirmons clairement notre opposition à la loi LRU et à la réforme du CNRS et à la stratégie de démantèlement du service public et de la fonction publique qui les sous tendent. Notre université, une des mieux dotées de toute l’Ile de France en UMR, doit stopper la régression dans laquelle elle est engagée, mais pas du tout selon la pente voulue par la loi LRU et la réforme du CNRS. Nous considérons que les points suivants sont des éléments essentiels à préserver et développer pour relancer notre université dans le respect du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche : 

1. Défendre un financement public suffisant de l’Université et du CNRS, seul à même de garantir la continuité de leurs missions et une véritable autonomie, tant vis-à-vis du pouvoir politique que du pouvoir économique.  

2. Promouvoir le statut de la fonction publique pour tous les personnels, lutter contre la précarité grandissante parmi les jeunes collègues et œuvrer pour des conditions de travail décentes. Les élus doivent être particulièrement vigilants sur deux points. D’une part, récuser toute modulation des services et des salaires. Sous couvert de récompenser  « le mérite » il s’agit d’une régression grave qui instaure une individualisation des services et des rémunérations, sous l’autorité du Président (avec tous les dérapages possibles que cela implique), sans tenir compte de la dimension collective du travail des personnels. Sous couvert de reconnaître les différentes dimensions du métier d’enseignant-chercheur, les modulations confineront les uns dans l’enseignement, les autres dans les tâches de gestion de filière. Loin de revaloriser les carrières cela ira dans le sens d’un alourdissement accru de la charge de travail et d’une conception caricaturalement élitiste de nos tâches de recherche. Les salaires, les services, les conditions de carrière, doivent relever d’une définition nationale. D’autre part, les élus doivent n’accepter de recrutements contractuels que dans des conditions restrictives d’intérêt pédagogique et veillerons à ce que la masse salariale dévolue aux emplois statutaires progresse, tout en combattant les principes, inscrits dans la loi, de fixation d’un plafond des emplois et d’un montant limitatif de la masse salariale dans la dotation annuelle de l’Etat. 

3. Promouvoir une conception de la professionnalisation respectueuse des missions de service public de l’enseignement supérieur et de la recherche. Travailler dans le sens de l’insertion professionnelle des étudiants ne doit pas détourner l’Université de ses missions de recherche fondamentale et d’enseignement général. Les Universités n’ont pas vocation à se transformer en énormes centres de formation permanente, qui risqueraient à terme d’absorber l’essentiel des moyens humains et financiers de l’Université, au détriment de ses missions de recherche et d’enseignement supérieur. L’insertion professionnelle ne doit se faire au détriment ni de la recherche, ni d’une formation suffisamment généraliste des étudiants qui les protège contre une obsolescence rapide de leurs compétences et une ultra spécialisation trop précoce. C’est à la reconnaissance de la certification de nos étudiants en terme de salaire, qui s’est effondrée depuis trente ans, qu’il faut d’abord s’atteler. Œuvrer en faveur de l’insertion professionnelle et de la réussite des étudiants ne doit pas non plus se résumer en un simple affichage en trompe l’œil avec des objectifs d’orientation et de suivi individualisé irréalistes en l’état actuel des moyens en encadrement et de la charge de travail des personnels. C’est une voie qui serait extrêmement dommageable pour le bon fonctionnement et l’avenir de l’Université. La vraie reconnaissance des services rendus par les collègues passe par la revalorisation de l’ensemble des traitements, l’augmentation du nombre de promotions, des possibilités accrues de congés recherche et conversion thématique, mais aussi par un nombre de postes cohérent avec l’alourdissement de la charge de travail et les exigences accrues en terme de suivi des étudiants. Les élus doivent faire en sorte  que ces besoins soient en permanence présentés à l’opinion et au ministère et ne pas participer à un partage local de la pénurie. 

4. Assurer le caractère démocratique et scientifique des recrutements. Les pratiques des commissions de spécialistes actuelles laissent souvent à désirer, en particulier faute d’une détermination claire, sur le long terme, des besoins nécessaires aux formations (en particulier pluridisciplinaires généralistes) et aux équipes de recherche.  Néanmoins, l’instauration des futurs comités de sélection et le droit de veto des présidents d’Université, droit que nous combattons, laissent craindre des dérives considérables. Il importe que les comités de sélection soient constitués pour chaque discipline, pour plusieurs années, sur la base d’élections et qu’ils respectent la parité MCF et PR. Il faut bien distinguer l’instance qui recrute (comité de sélection) et celle (issue des départements et équipes de recherche en coordination avec l’UFR concernée) qui décide de la définition des postes mis au recrutement, et donner dans cette dernière toute leur place aux équipes de formation et aux équipes de recherche. 

5. Organiser l’indépendance des conseils centraux et leur intervention en amont des décisions et dans le contrôle de leur exécution. Les conseils centraux doivent être indépendants de l’équipe présidentielle et disposer de moyens supplémentaires en secrétariat et en fonctionnement. L’accent mis sur les formations à l’occasion de la réforme LMD et le rôle purement consultatif du conseil scientifique ont contribué ces dernières années à marginaliser son poids dans la définition de la politique de l’Université. On peut craindre que la loi LRU, en augmentant les pouvoirs du Président et en réduisant la représentativité du CA, n’accroisse encore ce déséquilibre. Il convient de remettre le conseil scientifique au centre de la définition de la politique scientifique de l’établissement et d’envisager son ouverture plus large à des personnalités extérieures reconnues sur le plan scientifique, en particulier venant des universités avec lesquelles nous avons, ou allons créer, des liens de long terme. Sur le plan des formations comme des masses budgétaires il est important que le conseil scientifique puisse fournir une validation globale de la politique de l’établissement, afin que les deux missions essentielles de l’Université, enseignement et recherche, soient conduites de façon harmonieuse et cohérente. Le CEVU doit, dès la signature du contrat quadriennal, impulser l’exploration des nouveaux diplômes, des nouvelles articulations disciplinaires, des nouveaux liens à créer avec d’autres universités et avec les instances des milieux professionnels, des stages payés par de réels salaires, pour une préparation sur le moyen terme du contrat suivant. 

6. Donner leur place aux organisations du personnel et des étudiants. Les organisations représentatives des personnels et des étudiants doivent avoir une place reconnue, y compris sur le site internet de l’Université et dans l’accès aux listes de diffusion, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui où par exemple, les autorisations de diffusion sont octroyées au cas par cas. Le dialogue interne doit se substituer à la politique de répression des syndicats et mouvements étudiants. 
 
 
 

Notre université rassemble un formidable trésor de chercheurs dans tous les champs des sciences humaines et sociales. Les surcharges professionnelles, l’exaspération devant des contrôles tatillons de l’accessoire alors que la perspective n’est pas donnée, une logistique de la formation très insuffisamment organisée selon une logique de diplômes tandis que celle de la recherche est notoirement insuffisante découragent trop de collègues de rester ou de venir à Nanterre, ou, s’ils y restent, de continuer sur le long terme des combats de don Quichotte. Rien de cette dérive n’est inéluctable. Les élections doivent être l’occasion de promouvoir notre statut de fonctionnaires, garant de notre autonomie, et de nous rassembler sur la base de notre déontologie de service public.

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