interview de Kamel militant SUd étudiant
Kamel Tafer, militant de Sud-étudiant et ex-porte-parole de la
coordination nationale étudiante, espère un «rebondissement» du
mouvement contre la loi LRU et dénonce la position de l’Unef. Entretien.
FRANÇOIS VIGNAL
LIBERATION.FR : lundi 10 décembre 2007
Militant du syndicat Sud-étudiant – très présent depuis le début du
mouvement contre la loi sur l’autonomie des universités – et
ex-porte-parole de la coordination nationale étudiante lors de sa
première semaine d’existence, Kamel Tafer espère que la mobilisation
étudiante, aidée par celle des enseignants-chercheurs, trouvera un
«second souffle» après les partiels de janvier.
SUR LE MÊME SUJET
Les enseignants-chercheurs dans la rue aux côtés des étudiants
La coordination nationale étudiante, qui s’est réunie ce week-end à Nice,
estime que la mobilisation entre «dans une nouvelle phase du mouvement :
une lutte dans la durée». N’est-ce pas implicitement un constat d’échec ?
Non, pas du tout. La coordination nationale prend en compte le fait qu’il
y a un peu moins de facs mobilisées aujourd’hui, notamment parce que les
partiels et les vacances de Noël arrivent et parce que les médias
parlent très peu du mouvement. Cela rend le contexte beaucoup plus
difficile. Mais c’est tout sauf une ligne de résignation ou de
démobilisation. Inscrire la lutte dans la durée, c’est se donner le
moyen d’un second souffle, d’un rebondissement. Les
enseignants-chercheurs qui se mobilisent de plus en plus, comme ceux du
collectif Sauvons l’université, pourront nous y aider.
La mobilisation a-t-elle pâti de l’approche des examens ?
C’est sûr. Chez tous les étudiants, ça compte, y compris les étudiants
mobilisés. Les partiels sont dans la tête de tout le monde. Ça a joué
dans la démobilisation, plus que les négociations de l’Unef avec Valérie
Pécresse. Mais nous sommes d’autant plus confiants pour la suite du fait
de la mobilisation des enseignants. S’ils ne font pas cours, la question
des examens ne pose plus problème. En tout cas, à Sud-etudiant, on fera
tout pour que ça reparte sur les mêmes bases après les partiels.
Pourquoi les annonces faites par Valérie Pécresse à l’Unef sont-elles
insuffisantes pour vous ?
Elles le sont car l’Unef n’a pas négocié sur la loi LRU, mais sur autre
chose : des crédits supplémentaires pour l’université et les bourses,
une pseudo mission sur le cadre national des diplômes qui ne garantit
rien, car ce n’est pas une loi. Comme l’Unef n’a pas négocié sur la loi
elle-même, la loi s’appliquera dans toutes ses modalités, comme le dit
Valérie Pécresse. C’est pour cela qu’il faut continuer la mobilisation.
Sur les crédits supplémentaires, la vente de 5 milliards d’actions EDF
nous pose problème sur le fond. Surtout, en vendant ces actions, ça n'a
pas rapporté l’argent promis. C’est une preuve qu’entre les engagements
et les déblocages de crédits, il y a un grand écart.
Selon Valérie Pécresse, les risques de privatisation sont une «fausse
peur». Pourquoi les fondations, qui permettront le financement privé des
universités, sont-elles dangereuses selon vous ?
Pour nous, la loi Précresse est le cheval de Troie de la privatisation
rampante de l’université. Elle introduit des éléments dangereux comme la
place grandissante des entreprises dans le conseil d’administration des
universités, le fait que les entreprises financeront l'université et
donc influenceront le contenu des cours. Cette privatisation n’est pas
pour demain, mais pour les années à venir. C’est un modèle d’université
à l’anglo-saxone qui s’installe.
Sud-étudiant peut-il espérer tirer profit du mouvement au détriment de
l’Unef ?
L’objectif principal de Sud-étudiant n’est pas d’arriver premier aux
élections. Notre objectif est de mobiliser contre la loi Pécresse.
Après, il y aura des élections universitaires dans les mois qui
viennent. L’Unef ayant une capacité à se mobiliser beaucoup plus forte
pour les élections que pour les luttes, il ne serait pas anormal
qu'elle fasse de bons scores. Mais sur ce mouvement, on a constaté que
beaucoup de militants de l’Unef partent de leur syndicat. A Orléans, une
dizaine ont rendu leur carte. A Créteil, ils sont 4 ou 5, et ça compte
quand il n’y a qu’une quinzaine de militants actif sur une fac. Je pense
qu’il y a une vraie crise interne au sein de l’Unef entre une direction
qui n’était pas pour le retrait de la loi et des militants qui le sont
localement.
Mais cela bénéficiera-t-il à Sud-étudiant ?
Oui, peut-être. Il y a aujourd’hui un syndicalisme de co-gestion avec les
ministères ou les présidences de fac. C’est la conception de l’Unef. Et
il y a un syndicaliste de lutte, qui est pour la défense des droits des
étudiants et donc l’abrogation de la loi. La porte est donc grande
ouverte à tous les étudiants de l’Unef qui veulent nous rejoindre sur
cette base ainsi qu’à tous les non-syndiqués qui sont mobilisés.
coordination nationale étudiante, espère un «rebondissement» du
mouvement contre la loi LRU et dénonce la position de l’Unef. Entretien.
FRANÇOIS VIGNAL
LIBERATION.FR : lundi 10 décembre 2007
Militant du syndicat Sud-étudiant – très présent depuis le début du
mouvement contre la loi sur l’autonomie des universités – et
ex-porte-parole de la coordination nationale étudiante lors de sa
première semaine d’existence, Kamel Tafer espère que la mobilisation
étudiante, aidée par celle des enseignants-chercheurs, trouvera un
«second souffle» après les partiels de janvier.
SUR LE MÊME SUJET
Les enseignants-chercheurs dans la rue aux côtés des étudiants
La coordination nationale étudiante, qui s’est réunie ce week-end à Nice,
estime que la mobilisation entre «dans une nouvelle phase du mouvement :
une lutte dans la durée». N’est-ce pas implicitement un constat d’échec ?
Non, pas du tout. La coordination nationale prend en compte le fait qu’il
y a un peu moins de facs mobilisées aujourd’hui, notamment parce que les
partiels et les vacances de Noël arrivent et parce que les médias
parlent très peu du mouvement. Cela rend le contexte beaucoup plus
difficile. Mais c’est tout sauf une ligne de résignation ou de
démobilisation. Inscrire la lutte dans la durée, c’est se donner le
moyen d’un second souffle, d’un rebondissement. Les
enseignants-chercheurs qui se mobilisent de plus en plus, comme ceux du
collectif Sauvons l’université, pourront nous y aider.
La mobilisation a-t-elle pâti de l’approche des examens ?
C’est sûr. Chez tous les étudiants, ça compte, y compris les étudiants
mobilisés. Les partiels sont dans la tête de tout le monde. Ça a joué
dans la démobilisation, plus que les négociations de l’Unef avec Valérie
Pécresse. Mais nous sommes d’autant plus confiants pour la suite du fait
de la mobilisation des enseignants. S’ils ne font pas cours, la question
des examens ne pose plus problème. En tout cas, à Sud-etudiant, on fera
tout pour que ça reparte sur les mêmes bases après les partiels.
Pourquoi les annonces faites par Valérie Pécresse à l’Unef sont-elles
insuffisantes pour vous ?
Elles le sont car l’Unef n’a pas négocié sur la loi LRU, mais sur autre
chose : des crédits supplémentaires pour l’université et les bourses,
une pseudo mission sur le cadre national des diplômes qui ne garantit
rien, car ce n’est pas une loi. Comme l’Unef n’a pas négocié sur la loi
elle-même, la loi s’appliquera dans toutes ses modalités, comme le dit
Valérie Pécresse. C’est pour cela qu’il faut continuer la mobilisation.
Sur les crédits supplémentaires, la vente de 5 milliards d’actions EDF
nous pose problème sur le fond. Surtout, en vendant ces actions, ça n'a
pas rapporté l’argent promis. C’est une preuve qu’entre les engagements
et les déblocages de crédits, il y a un grand écart.
Selon Valérie Pécresse, les risques de privatisation sont une «fausse
peur». Pourquoi les fondations, qui permettront le financement privé des
universités, sont-elles dangereuses selon vous ?
Pour nous, la loi Précresse est le cheval de Troie de la privatisation
rampante de l’université. Elle introduit des éléments dangereux comme la
place grandissante des entreprises dans le conseil d’administration des
universités, le fait que les entreprises financeront l'université et
donc influenceront le contenu des cours. Cette privatisation n’est pas
pour demain, mais pour les années à venir. C’est un modèle d’université
à l’anglo-saxone qui s’installe.
Sud-étudiant peut-il espérer tirer profit du mouvement au détriment de
l’Unef ?
L’objectif principal de Sud-étudiant n’est pas d’arriver premier aux
élections. Notre objectif est de mobiliser contre la loi Pécresse.
Après, il y aura des élections universitaires dans les mois qui
viennent. L’Unef ayant une capacité à se mobiliser beaucoup plus forte
pour les élections que pour les luttes, il ne serait pas anormal
qu'elle fasse de bons scores. Mais sur ce mouvement, on a constaté que
beaucoup de militants de l’Unef partent de leur syndicat. A Orléans, une
dizaine ont rendu leur carte. A Créteil, ils sont 4 ou 5, et ça compte
quand il n’y a qu’une quinzaine de militants actif sur une fac. Je pense
qu’il y a une vraie crise interne au sein de l’Unef entre une direction
qui n’était pas pour le retrait de la loi et des militants qui le sont
localement.
Mais cela bénéficiera-t-il à Sud-étudiant ?
Oui, peut-être. Il y a aujourd’hui un syndicalisme de co-gestion avec les
ministères ou les présidences de fac. C’est la conception de l’Unef. Et
il y a un syndicaliste de lutte, qui est pour la défense des droits des
étudiants et donc l’abrogation de la loi. La porte est donc grande
ouverte à tous les étudiants de l’Unef qui veulent nous rejoindre sur
cette base ainsi qu’à tous les non-syndiqués qui sont mobilisés.
Publicité